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DÉBUT

— I · Le seuil —

Salutations, et bienvenue parmi les Gens de la Source.

Si vous êtes ici, c'est probablement que le premier épisode a éveillé en vous le désir d'aller plus loin. Peut-être souhaitez-vous approfondir certaines questions, entreprendre un travail intérieur, ou simplement retrouver, au milieu du bruit, un espace où la pensée puisse ralentir.

C'est la raison d'être de cet abonnement, proposé à un tarif volontairement modeste. Votre soutien permet seulement de rendre possible le temps de recherche, d'écriture, d'enregistrement et de transmission que ces contenus demandent.

Cet espace n'est ni un cercle fermé ni une société d'initiés. Je voudrais qu'il soit une communauté d'attention.

Des personnes venues d’horizons très différents pourront y apprendre à regarder autrement, et c’est déjà beaucoup.

À se défier de leurs propres certitudes.

À retrouver, avec elles-mêmes comme avec ce qui les entoure, une relation un peu moins encombrée.

— II · L'horizon —

Au fil des contenus proposés chaque mois, nous tenterons d'approcher ce que j'ai nommé, dans le premier épisode, la Source.

Nous ne chercherons pas à la définir comme on définit un objet.

La Source n'est ni une entité, ni un lieu, ni une puissance cachée gouvernant le monde ou l’univers depuis un ailleurs invisible.

Elle ne peut être enfermée dans une image, une doctrine ou un nom.

Elle est ce qui demeure lorsque les représentations se retirent, lorsque le tumulte du moi s'apaise et cesse d’interpréter la réalité divine des choses.

La Source est paix et plénitude.

Elle est ce vers quoi retournent toutes les émergences, bien qu'elle ne soit pas, dans le sens où je l'entends ici, la volonté souveraine qui ordonnerait chacun des événements de l'univers. Tout ce qui apparaît appartient au monde des manifestations : les astres, la matière, le vivant, la conscience, nos joies, nos violences et notre désir de persister.

La Source, elle, ne se manifeste pas. Elle n’a nul besoin de se manifester.

Elle EST.

Nous reviendrons progressivement sur cette distinction, car elle demande du temps. Certaines idées ne peuvent être reçues immédiatement. Elles doivent être approchées lentement, comme des yeux longtemps confinés dans l’obscurité se réhabituent peu à peu à la clarté naturelle.


MILIEU

— III · Le regard —

Se rapprocher de la Source suppose ce que les traditions ont souvent appelé une purification. Mais il ne s'agit pas de devenir un être pur, supérieur ou séparé des autres : cette prétention serait encore une manifestation de l'ego.

Se purifier signifie ici retirer patiemment ce que le monde a déposé sur notre regard : les peurs accumulées, les jugements automatiques, les blessures devenues certitudes, les identités auxquelles nous nous agrippons, les désirs qui projettent sur le réel ce que nous voudrions y trouver, et nous empêchent ainsi de contempler la réalité divine des choses.

Il ne s'agit pas de détruire notre personnalité, mais de la replacer à sa juste place. Notre personnage social, notre histoire, notre nom, notre appartenance, nos réussites et nos échecs ne constituent pas la totalité de notre être. Ils sont nécessaires pour vivre dans le monde, mais ils ne doivent pas devenir le centre autour duquel tout le réel est sommé de graviter.

Avant de prétendre comprendre un texte, une tradition ou le monde lui-même, nous devons examiner l'œil intérieur avec lequel nous les regardons — cette lampe qui peut plonger le corps tout entier dans les ténèbres. Le premier épisode, consacré à la lampe du corps, est le fondement de toute la démarche.

Notre époque rend cet examen particulièrement nécessaire. Les communications instantanées, le flux continu des images, les urgences fabriquées agressent notre attention et entretiennent en nous un besoin permanent de réagir. Nous croyons regarder le monde ; le plus souvent, nous regardons une représentation déjà découpée, orientée, chargée d'émotions destinées à provoquer notre adhésion.

Nous avons collectivement construit un univers synthétique, un monde toujours plus artificialisé qui sollicite sans cesse notre attention, excite nos peurs, compare nos existences et transforme parfois jusqu'à notre solitude en marché.

Cette nouvelle ère, par les raccourcis qu'elle nous impose, nous éloigne peu à peu de nos rythmes propres, de cette lenteur naturelle, des corps et des esprits qui s'épuisent sans qu'on les écoute.

Le premier travail sera donc une ascèse du regard. Réapprendre à voir avant de juger. Recevoir avant de commenter. Contempler avant de consommer.

Cette purification demande une maîtrise de notre ego : le faire taire, chaque fois qu'il prétend réinterpréter le réel, le plier à ses peurs ou à ses désirs. C'est une discipline de tous les jours. Elle ne détruit rien ; elle remet chaque chose à sa place, et c'est déjà par elle que le monde recommence à apparaître.

L'approche de la Source, elle, demande davantage. Non plus le silence de l'ego, mais son retrait presque total — un instant que nul ne peut soutenir longtemps, et qui n'est pas fait pour être soutenu. Car la dissolution absolue et définitive signifierait la fin de notre manifestation singulière. Nous sommes ce que nous sommes : des êtres manifestés, qui ne peuvent qu'approcher.

L'un est une discipline du quotidien ; l'autre, un instant que l'on se donne. Il est un temps pour chaque chose.

Retrouver un équilibre intérieur suppose ainsi de travailler sur soi, mais aussi de reconnaître les forces extérieures qui façonnent notre regard. Ces contenus chercheront à le rendre plus clair. Ils pourront vous aider à reconnaître certains conditionnements, à retrouver des espaces de respiration, à renouer avec ce qui, en vous, demeure encore vivant.

— IV · Les voies —

Dans le premier épisode, j'ai évoqué plusieurs voies pouvant conduire à un retrait momentané de l'ego.

Les deux premières sont la solitude et la contemplation. Elles sont exigeantes, mais elles demeurent accessibles. Elles supposent surtout du temps, de la patience, une certaine discipline, et l'acceptation de ne rien obtenir dans l'instant.

La solitude évoquée ici n'est pas celle de l'isolement affectif, qui peut parfois conduire à de profondes détresses. Elle désigne cet espace choisi où le tumulte du monde se retire, où ses voix cessent un instant de nous atteindre, et ne troublent plus l'apaisement intérieur.

La contemplation n'est pas une fuite. Elle consiste à demeurer assez longtemps devant un être, une chose, un paysage, ou même un silence, jusqu'à ce que s'apaise en nous le besoin de le posséder, de l'interpréter ou de l'utiliser.

J'ai également évoqué une troisième possibilité : l'action de certains principes naturels issus du règne fongique, susceptibles de provoquer des états de conscience profondément modifiés — ce que j'appellerai un état d'hyperperception.

Je dois ici poser une limite très claire. Ces expériences peuvent être bouleversantes, et ne sauraient être présentées comme une voie adaptée à tous. Leur statut juridique dépend des pays et doit être strictement respecté. Dans certains pays, la psilocine, la psilocybine et les champignons qui en contiennent sont classés parmi les stupéfiants : leur usage y est interdit et même pénalement sanctionné.

Vous ne trouverez donc ici aucun protocole, aucun dosage, aucune méthode de culture, aucun lien d'acquisition, aucune indication destinée à en faciliter la consommation. Ce silence n'est pas une manière de suggérer habilement ce que je refuserais d'assumer publiquement : il relève d'une responsabilité élémentaire. La liberté intérieure ne consiste pas à nier les conséquences de nos actes. Elle commence par la lucidité, le discernement, et le respect de la situation réelle dans laquelle chacun se trouve.

— V · Le champ —

Puisque le premier épisode s'appuie sur un passage biblique, une question doit être posée clairement. Faut-il croire en Dieu pour s'approcher de la Source ?

La réponse est non.

L’essentiel ici est de vivre dans une profonde justesse intérieure, d’être attentif au vivant, capable de compassion, de dépouillement et de paix, d’avoir un regard juste.

Je suis personnellement croyant, au sens religieux du terme. Je pense appartenir à une foi — mais cette appartenance ne m'autorise à me placer au-dessus de quiconque.

Elle m'a plutôt appris l'humilité, en prenant conscience des excès identitaires, des exclusions, parfois des violences que les hommes produisent en son nom.

La foi ne m’a pas enseigné à me croire dépositaire d’une vérité supérieure. Elle m’a, au contraire, appris à reconnaître en moi la tentation d’en faire un instrument de supériorité et à m’en défier.

La foi, éclairée par la raison, ne supprime ni le doute ni l’examen : elle les rend au contraire nécessaires.

La foi véritable interdit l’adhésion aveugle, maintient la pensée en éveil et soumet toute conviction à une recherche patiente et profonde du sens.

Les religions ont porté des paroles d'une immense profondeur. Elles ont aussi produit des frontières et des exclusions, chaque fois que leurs symboles ont été transformés en propriétés identitaires et en instruments de domination.

Lorsque l'on parle de la réalité divine des choses, le mot divin ne désigne pas nécessairement une intervention surnaturelle. Il désigne ce qui, dans chaque être, excède notre usage, notre jugement et notre interprétation. Ce qui demeure lorsque notre récit personnel se retire. Cette réalité est celle qui apparaît à la lumière du Logos — le réel rendu à son intelligibilité. Une croyance empreinte d'éléments identitaires ou personnels ne peut pas y donner accès.

La foi n'est donc pas un passeport pour la Source. Pas davantage qu'une supériorité philosophique, intellectuelle ou morale ne saurait en garantir la perception — si le mot de perception convient encore pour nommer cette proximité.

À son approche, l'empreinte humaine s'efface. Non que nous devions l'arracher de nous-mêmes : un moi qui s'efface volontairement est encore un moi qui agit. Elle s'efface, simplement, comme la buée se retire d'un verre lorsqu’on cesse d’y souffler dessus.

Notre part est plus humble : y consentir, s’abandonner.

Cette empreinte est la trace que laisse toute émergence — avec ses imperfections, ses troubles, son propre chaos. Ce n'est pas une faute qu'il faudrait expier. C'est la condition de tout ce qui, hors de la Source, se manifeste et persiste et la raison d’être de notre existence.

S'il demeure, à son seuil, un dernier questionnement du moi, tout ce qui procède de nos egos est rendu à sa vanité première. Nos titres, nos appartenances, nos doctrines, nos conquêtes, nos inventions, nos récits de grandeur cessent d'apparaître comme le centre du réel.

Au voisinage de la Source, tout ce que notre espèce a accompli redevient ce qu'il a toujours été : une émergence parmi d'autres, un immense déploiement de formes, de pensées et de manifestations hors de la Source.

L'épopée humaine ne disparaît pas. Elle cesse seulement de se croire absolue.

Demeure alors une conscience rendue disponible à ce qui la dépasse. Ce n'est plus l'ego qui interprète le monde selon ses désirs, ses peurs ou ses intérêts : le Logos devient l'interprète silencieux du réel. Il ne lui impose aucun sens — il le rend intelligible à la lumière de la Source.

Le travail de l'exégèse consistera précisément en cela : traverser les textes religieux, philosophiques et humanistes sans les réduire à leurs frontières historiques. Chercher ce qui, sous leurs langues différentes, peut encore ouvrir un passage commun. Nous ne nierons ni leurs différences ni leurs contradictions ; nous tenterons de les comprendre, puis d'entendre ce qui, en elles, continue de parler à l'être humain par-delà ses appartenances.

— VI · L'humain et le vivant —

Depuis toujours, je suis profondément attiré par l'histoire humaine, fasciné par les évolutions techniques. Je les ai longtemps perçues comme les étapes d'une marche presque continue vers le progrès.

Pourtant, dans certains instants où je me suis senti au plus près de la Source, cette lecture s'est entièrement défaite. Notre épopée m'est apparue sous une lumière plus nue, dépouillée de ses récits glorieux. J'ai éprouvé une profonde désillusion devant ce que nous avions pris pour une élévation, alors qu'il ne s'agissait peut-être, bien souvent, que d'un accroissement de puissance : l'hypertrophie d'un ego collectif, désormais capable d'étendre sa manifestation et son emprise à l'échelle du monde.

Car une évolution qui ne profite qu'à l'être humain, voire qu’à un petit groupe d’élus, en détruisant les conditions mêmes de la vie ne peut être appelée un progrès. Le progrès digne de ce nom ne se mesure pas à ce qu'il parvient à arracher au vivant, mais à ce qu'il permet au vivant de poursuivre, s’il permet un monde encore habitable.

Nous jugeons nos techniques à leur puissance, à leur rendement, à leur vitesse. Il faudrait apprendre à les juger autrement : à ce qu'elles préservent, ou détruisent, des liens dont toute vie dépend.

La finalité des Gens de la Source n'est pas de fuir le monde, mais d'apprendre à mieux l'habiter — et, si possible, de concourir à replacer l'être humain au sein du vivant, non au-dessus de lui, ni même à côté de lui : au sein d'un réseau infiniment plus vaste que nous, la Terre, et tout ce qui, sur elle, respire, croît, se transforme et persiste.

Nous tenterons de renouer avec cette planète que nos modes de production, de consommation et de domination ont profondément blessée. Nous interrogerons nos inventions, nos progrès, nos systèmes — non pour rejeter toute évolution, mais pour leur rendre une direction plus juste.


FIN

— VII · Le passeur —

Il faut du temps pour apprendre à entendre. C'est un peu comme l'apprentissage d'un instrument.

Cela demande de revenir à une temporalité ancienne et patiente : de longues heures de pratique avant qu’un ensemble mélodique consente à se laisser reproduire.

L’exégèse vous convie à ce tempo-là.

Et même après des années de pratique, personne ne possède la musique. On acquiert une certaine aisance, une qualité d’écoute, parfois une interprétation singulière, mais la musique demeure toujours plus vaste que celui qui la joue.

Il s’y produit même une étrange alchimie : lorsqu’une œuvre traverse plusieurs sensibilités, chacune lui prête momentanément sa voix sans jamais l’épuiser, et quelque chose de plus vaste qu’elles semble alors devenir perceptible.

Il en va de même de la vie intérieure.

Je peux proposer des lectures, des exercices, vous accompagner jusqu’à certains seuils et vous indiquer les chemins qui, dans mon expérience, s’approchent de la Source.

Mais nul ne peut les franchir à votre place.

Les arts, les sciences, l'intelligence, la reconnaissance sociale, l'amélioration de nos conditions matérielles peuvent élargir une existence. Ils peuvent lui donner de la dignité et du sens. Mais rien de cela ne remplace la réconciliation intérieure avec le fait d'exister. Elle commence lorsque cesse, ne serait-ce qu'un instant, la guerre que nous menons contre nous-mêmes, contre les autres et contre le réel — cette réalité divine des choses.

— VIII · Le Retour —

Devant la grande porte, au seuil de la Source, chacun se retrouve seul — comme dans l'instant ultime de la finitude.

Et si, un jour, vous en approchez, vous découvrirez peut-être qu'il n'existe pas autant de vérités que d'egos, mais une réalité plus vaste que chacun de nous. Une vérité qui ne peut être ni possédée, ni revendiquée. Elle n'est ni la mienne ni la vôtre et nul ne peut la posséder ou la comprendre dans son immensité. Elle n’appartient à personne, parce que nous lui appartenons tous — et c’est vers elle que nous revenons au moment de la finitude, lorsque nos egos se taisent définitivement, lorsque notre temps de manifestation est arrivé à son terme.

Au fil de leur cheminement, les « Gens de la Source » deviendront une communauté ayant réappris le langage commun — celui qui précède nos cultures, nos croyances, et peut-être jusqu’à notre propre histoire : le langage du vivant.

Ils chercheront à habiter le monde selon une mesure plus juste, fondée sur l’attention, la sobriété et le respect de toute forme de vie.

Non pour se retirer du monde, mais pour y revenir autrement : avec un regard plus clair, une parole moins violente et une manière plus humble d’y prendre place.

Bienvenue parmi les Gens de la Source.